Notre Dame de Gourette
Enfants
Enfants du Port de Tanger
Nés dans le parfum des Fleurs d’orangers
Qui « Brûlent » la vie,
Sous les colonnes d’Hercule,
Afin d’éviter la misère,
Et faire comme leurs Frères.
Pauvres des plus pauvres,
Petits des plus petits,
Démunis des plus démunis,
Je ne ferme pas mes yeux la nuit,
Sans vous caresser le front.
Je viens, dans votre sommeil,
Laver vos pieds brûlés de mes larmes salées,
Et vous demander pardon :
De ce que le monde vous porte de tant d’indifférence.
Je demande votre indulgence.
De ces lits de pierres,
De ces chagrins amers,
De vos ventres creux et ronds,
De vos petits cœurs serrés à ne plus respirer,
De ces pentes ardues et de tous ces déserts
Que vous traversez au cœur de l’innocence sacrée.
Enfants du Darfour
Roses du désert,
Quand vos ventres affamés se rongent,
Même dans vos songes,
Que vos lèvres déshydratées se collent,
Et que vos cris se murent,
Dans vos corps épuisés.
Le silence s’exhale,
Plus rien ne sort de vos bouches,
Sinon les mouches qui dévorent.
Ce qui de vous,
Reste vivant.
Pauvres des plus pauvres,
Petits des plus petits,
Démunis des plus démunis,
Je ne ferme pas les yeux la nuit,
Sans rafraîchir vos fronts, de mes larmes salées,
Et requiers votre pardon,
De ce que le monde vous porte de tant d’indifférence.
Je demande votre indulgence :
Pour la terre stérile,
Pour la guerre des hommes.
Pour l’absence de mon eau,
Que les haines scellées
Ont fait oublier de capter.
De l’ombre de la mort,
Dont vous êtes la proie,
Et qui vous guette,
Satisfaite,
Au jour de vos yeux éclos,
Et les clôt, sans foi
A mon grand désarroi.
Enfants de Manille et d’Afrique…
Fleurs de mes tropiques,
Vendus pour leur chair,
Avec l’accord de leur pères.
Quand vos ventres torturés se tordent,
Que votre intimité est souillée,
Que vos âmes se sentent abandonnées,
J’ai envie de hurler.
Pauvres des plus pauvres,
Petits des plus petits,
Démunis des plus démunis,
Je ne ferme pas mes yeux la nuit,
Sans recouvrir vos corps d’or et de lumière,
Apaiser vos sanglots,
Lénifier vos plaies,
Des mots de mes prières.
Qu’on me donne la force
De lutter contre les portes closes
Devant des tombeaux,
Les lambeaux de vos chairs.
Je vous demande infiniment pardon
De ce que le monde vous porte de tant d’indifférence.
A genoux,
Je quémande votre indulgence,
Des coups portés sur vos bras,
Des mariages forcés,
Du commerce que vous représentez,
Du crime et du viol de votre transparence.
Mon cœur est arraché.
Enfants des Favelas, de Moscou à Bogota…
Fleurs d’Aloé Vera,
Sous les trottoirs retranchés,
Dans le froid des cœurs
Chassés comme des rats,
Au fusil, à l’artillerie,
Jetés dans les poubelles
A la pelle.
Qui vous a donné l’ « arme »,
Avec laquelle on vous a assassinés ?
Enfants d’Inde, de Chine et du Pakistan…
Fleurs de Lotus et de Pavot
Lorsqu’il fait si chaud,
Dans vos ateliers les yeux usés,
Sans commencement ni fin,
Que vos petits doigts agiles et feutrés,
Se figent,
Et que vos yeux se gonflent et vous plongent dans les songes,
Réveillés par le fouet, vous êtes maltraités.
Enfants des pays de l’Est et de l’Orient
Fleurs des semailles et des moissons
Quand de vos corps on extrait,
La matière de votre chair « viviséquée »
Pour négocier sur les marchés.
Se peut il qu’on ignore
L’âme que Dieu vous a donné
Et que vous êtes de toutes ses créations
La plus sacrée?
Enfants de France,
Fleurs de liberté, d’égalité, de fraternité
Dans un placard caché
La lèvre fendue,
Le corps meurtri, violé, brûlé, battu
Exterminé
Par ignorance et cruauté
Dans un canal ou un fossé.
Pauvres des plus pauvres
Petits des plus petits,
Démunis des plus démunis
Je lève les yeux vers le ciel
Et contemple la Voie Lactée,
Chacun de vous est une étoile à qui j’envoie un baiser,
Sachez du fond de vos misères,
Que je ne ferme pas les yeux la nuit sans venir vous border,
Laver vos corps souillés,
Adoucir vos peurs,
Inhaler dans vos âmes,
Le sens de l’Espérance.
J’entends vos voix qui montent,
Du fonds des mines,
Des radeaux de papiers,
De Morfondé (2)
Depuis les ghettos, les caravanes et les châteaux.
Je recueille en silence, désespérée,
Le cri strident de vos chants,
Jusqu’à l’agonie.
Mes larmes de sel sont devenues de sang.
Je les adresse au monde entier
Claude Chatron-Colliet©2007
Texte protégé SGDL France
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